Histoire :Courbe vermeil dans le ciel, bruit métallique résonnant dans la pièce...
Ryuuketsu a froid, dans son coeur et dans son âme. La ceinture aux couleurs de la mort s'abat une nouvelle fois sur cet être aimé... Cris, souffrance, supplication... Ryuu ne peut rien faire, rien, juste assister à la haine de son père, les mains liés derrière le dos. Les liens trop serrés lui font mal au poignet, les cris violents de douleur de sa mère lui font mal, la vie elle même lui tourne le dos. Et son père recommence à battre celle qu'il prétend aimer, encore et encore, une joyeuse et splendide colère presque candide outrageant ses traits émaciés en un immense sourire carnassier... Alors Ryuu voit. Voit sa mère mourir, étalé sur la terre mouillé de sang, son visage déformé et tuméfié figé dans un ultime cris d'horreur révulsant ses yeux. Ryuuketsu se tasse dans son coin, ses maigres petites jambes repliés contre elle, retenant avec peine les gros sanglot qui montent à l'assaut de sa gorge. Elle serra courageuse, l'ombre qu'était sa mère le lui avait fait promettre...
L'homme fait d'alcool se tourne alors vers elle avec la lenteur qu'à la faucheuse qui vous attends au carrefour. Un grand sourire narquois vint complèter le tableau de cet être saoul et il susurre entre ses dents, s'accroupissant devant sa fille. L'une de ses mains attrape la chevelure de la morte et plaça violemment la tête de sa femme entre lui et Ryuu, de manière à ce que les yeux morts soient fixés dans les grands yeux bleu de la petite fille terrifiée...
« Tu vois ma fille, ta mère n'a jamais su prendre de décision. Elle était pourrie de l'intérieur après tout, belle comme elle l'était ! Elle me donnait envie de vomir... Et regarde. Regarde la maintenant. Ne la trouve tu pas cent fois plus jolie ? Avec ses grands yeux bleu crevés, elle ressemble à un rat écrasé. Toi aussi, t'es comme elle. C'est de votre faute si nous sommes à la rue ! J'vais t'éclater comme ta mère tiens, toi et tes jolies yeux bleus ! »
Une grosse main moite vint lui saisir un bras. Elle crit, veux reculer, se débattre mais ne rencontre que le vide... Un coup de poing dans le ventre l'envoie valser à l'autre bout de la petite clairière. Ryuuketsu reprend pourtant très vite ses esprits et tente à nouveau sans succès, le souffle coupé. Il y eut un sifflement dans l'air, le goût amer du sang dans sa bouche et le noir...
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Elle ouvre les yeux. Il fait noir...
Elle n'a plus mal nul part, reste immobile dans cette apaisante chaleur faite de douceur, un plafond bas renvoyant les éclats de la lune par une petite fenêtre poussiéreuse. Où est-elle ? Elle baisse lentement les yeux, sont regard captant une lumière doré magnifique... Contact. Le lien s'étend entre elle et le grand léopard qui la surveille, la tête posé sur ses genoux. Dans ses yeux de félins brille comme une lueur maternelle, la promesse qu'on ne lui fera plus jamais de mal. Sourire...
Elle se souvient. Elle se souvient de tout. De sa mère qui ne lui accordait pas un regard, jugeant que c'était de sa faute si elle se faisait battre par son maris. Son maris. Son père... Cet homme incommensurablement violent et qui prétendait le faire pour le bien de tout le monde. Son animial, un rottweiler aux crocs démesurés, s'amusait à torturer la pauvre loutre de sa femme. Vivre à la maison était impossible... Alors Ryuuketsu s'arrangeait toujours pour ne jamais être là, surtout lorsqu'elle pressentait une crise de son père. Elle partait à la bibliothèque du coin et passait sa vie le nez plongé dans les livres, la seule chose qui lui permettait de survivre dans ce monde de fou. Oh bien sûr, lorsqu'elle rentrait, survenait immanquablement une colère furieuse où sa mère et elle se faisait détruire un peu plus... Au début, Ryuu avait tenté de s'interposer entre elle et son père : sa mère l'avait giflé en grognant qu'elle n'avait pas besoin d'une petite peste comme elle, en guise de fille... Mais cette fois-là, il était allé trop loin. Et avait tué sa mère. Et avait faillis la tuer elle...
La porte de la petite chambre s'ouvrit, dévoilant un grand homme au visage aimable qui semblait sourire constamment. Derrière lui se cachait un jeune garçon à la mine bougonne, sans doute du même âge qu'elle, autour des sept ans...
Il s'appelait Dashy, et son père à l'air si aimable était médecin de la ville. Il l'avait trouvé alors qu'il jouait dans la forêt avec des amis, petite fille gravement blessée, portée par un léopard majestueux qui ne laissait approcher personne. L'animal l'avait suivit jusque chez lui, une lumière d'intelligence brillant dans ses yeux... Là, et seulement là, le félin avait autorisé son père à s'occuper de l'enfant, afin qu'elle puisse guérir de ses blessures physique.
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Les années avaient passés, paisible et aux teintes des couleurs chaudes. Sieur Wallinson s'occupait de Ryuu comme si c'était sa propre fille, lui enseignant les maths, les sciences et toutes ses matières qui faisait de quelqu'un un esprit cultivé. Elle s'entendait très bien avec Dashy, ce dernier complètement subjugué par elle, étant au complet petits soins pour elle. Mais elle ne parlait pas. Ne prononçait aucun mot... Elle avait perdu l'usage de la parole, et se contentait d'écrire ce qu'elle voulait dire lorsque Yuubae ne pouvait pas transmettre ce qu'elle voulait dire. Le léopard ne la quittait plus, mais ne cherchait pas pour autant à se lier aux autres. On aurait dit que cet animial vouait tout son esprit et toute son attention à veiller sur la jeune fille !
Elle venait d'avoir quatorze ans. Ne parlait toujours pas, et avait toujours cette expression sombre de haine et de peur, même lorsqu'elle souriait. Elle était partie marcher le long d'une route de pierre, seulement accompagné de son fidèle animial. Une ombre passa près d'elle, riant tout seul et marchant de manière saccadé. Ryuu le reconnut aussitôt...
Son père. Cet être qui avait détruit sa vie. Et celle de sa mère. Cet être qui l'empêchait de retrouver la voix et avait enserrer son esprit dans un étau de souffrance. Elle ferma les yeux, pivota sur ses jambes, la haine vibrant en elle aussi fort et puissant que l'orage. A ses côtés, Yuubae s'était posté, droit et fière, ses longues canines mortelles découvertes, ses yeux dorés suivant le moindre mouvement du grand chien à l'air méchant qui suivait l'homme. Car il ne l'avait pas reconnue... Était passé devant elle sans la voir.
Elle sentit une porte s'ouvrir dans son esprit et le pouvoir vint en elle. L'eau de pluie tombé il y a quelques heures de cela se souleva dans les airs, se réunissant en une seule grande bulle d'eau, à l'intérieur de laquelle la tête d'un homme affichait une mine ébahit et tenté de respirer. Un pas, puis un autre. Ryuu se posta devant lui, le regard sombre, fou. Et la parole lui revint. Voix vibrante de rage et de colère, enrouée par l'inactivité :
« Oh rassure toi... Je ne prendrais pas ta vie. Tu ne le mérite même pas ! Mais je t'assure que tu vas souffrir. Compte sur moi... Regarde. Regarde ce que tu as fais. Tu croyais élevé ta fille en la torturant, tu n'as réussis qu'à créer une bombe à retardement ! »
Un glapissement retentit. Sec. L'homme poussa un cris de douleur et contempla son rottweiler, mort, la nuque brisé par les muscles puissants d'un léopard à l'action. Il s'étouffa, la douleur de son compagnon disparut lui lacérant le coeur. La bulle éclata, l'eau tomba sur le sol, inondant le corps du grand chien et de l'homme prostré sur lui même.
Et Ryuu partit... Disparut dans l'ombre de la lune...
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Dix-sept ans. Elle avait dix-sept ans. Et elle contemplait cette grande maison qu'elle avait si longtemps côtoyé. Après avoir fuit par cette nuit où elle avait tué l'animial de son père, elle revenait trois ans plus tard vers le seul endroit joyeux qu'elle avait connu. Qu'avait-elle fait pendant tout ce temps ? Elle avait voyagé, apprit et encore apprit. Elle savait parfaitement se battre, devenue souple et vive comme Yuubae... Elle avait vécu de ce qu'elle parvenait à voler, devenu silencieuse et efficace dès qu'il s'agissait de voler sa nourriture ou un peu d'argent. Et aujourd'hui, elle revenait... Vers celui qu'elle aimait.
Dashy.
Elle frappa à la grande porte en bois, des bruits de pas précipités résonnant dans la maison. Une jeune femme ouvrit la porte, un grand sourire enjôleur sur le visage. Derrière elle, un jeune homme joyeux apparut. Dashy. Ryuu se demanda si elle lui avait manqué, si elle l'avait blessé en partant sans prévenir. Elle ne pus qu'avancer :
« Je... Je suis désolé. »
Il la fixait, étonné et curieux, nul trace de colère sur ses traits.
« Euh d'accord mais... Qui es-tu ? »
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Cette unique phrase l'avait détruite une fois de plus. Il ne se souvenait plus d'elle. Avait oublié jusqu'à la couleur de ses yeux et aux éclats de ses rires. Et il était tombé amoureux d'une autre jeune femme, s'était déjà fiancé... Alors elle s'était enfuis. Devant la mine étonnée de deux amoureux découvrant un beau matin une demoiselle à l'aspect égarée et perdue.
Ryuu s'était renseigné, avait découvert que deux ans plus tôt, Dashy avait fait une tentative de suicide dont il était ressortit vivant inextremis. Mais il avait perdu la mémoire. Ne se souvenait plus de rien. L'avait oubliée...
Elle s'était arrêter sur un banc, le visage enfouit dans le beau pelage soyeux de Yuubae qui tentait de la réconforter. Un vieillard à l'aspect miteux vint s'asseoir à côté d'elle et lâcha :
« Tu ne dois plus chercher à le revoir. Il est heureux, aujourd'hui. Laisse le continuer sa route, maintenant qu'il a réussit à t'oublier ! Tu avais ta chance, il y a quelques années, tu l'as abandonné et tu l'as laissé meurtris. Alors laisse le vivre en paix... »
C'était Sieur Wallinson, plus vieux que jamais. Il se leva et partit, laissant une Ryuuketsu effondrée...
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Ryuu contemplait les immenses murs de l'académie qu'elle rêvait d'intégrer. Elle avait finis toutes ses études et on lui avait dit de tenter sa chance à Kelenya, école où on accueillait bien volontiers le personnel. Elle avait décidé de devenir bibliothécaire, sous les encouragements de Yuubae et avec l'amour qu'elle portait aux livres. Elle avait apprit à contrôler son pouvoir d'eau normalement mais ne s'en servait que très rarement... Du moins, en gros ! Car elle adorait aller nager, d'autant qu'elle pouvait respirer sous l'eau, don qui la ravissait !
La mine courageuse, elle poussa les lourds battants du Hall...